• author
    • Catherine Gingras

      Arts - Éducation - Réflexions
    • 2013-04-10 in Cambodge

    Attendez que je me rappelle…

    On dirait le titre de l’autobiographie de René Lévesque, mais ce n’est pas le cas (livre de chevet actuel d’André). Attendez que je me rappelle 9 jours plus tôt lorsque nous arrivions sur Phnom Penh, capitale du Cambodge. Son centre est tranquille, peu bondé, avec de grands boulevards, et de beaux bâtiments, on sent tout de suite une certaine sérénité malgré ses abords qui révèlent la misère d’une grande partie des habitants du pays. Depuis notre arrivée dans ces terres dévastées par les khmers rouges, nous n’avons pas eu le temps d’écrire. Trop occupés, trop fatigués de nos longues journées.

    Attendez que je me rappelle cette visite traumatisante au killing fields. André et moi avons eu le privilège de nous y rendre seuls, car les garçons sont restés à la maison chez Anne-Marie et Andy. Jamais nous n’aurions pu partir avec les gars, 1heure en tuk-tuk à travers les terres cahoteuses, nous avons dû mettre un masque d’hôpital, car nous mordions la poussière.

    P1030759

    En route, nous faisions des blagues sur le fait que c’était de s’y rendre le killing field. Ce n’est que rendu là-bas que nous avons dû nous excuser intérieurement de nos farces légères. Ce qui s’est passé ici est extrêmement lourd et nous laisse sans voix, un seul trémolo dans la gorge résiste. Comment de jeunes Cambodgiens aussi instruits ont-ils pu en arriver à tuer les leurs ainsi ?  Jamais, jamais nous n’aurions pu venir ici avec les gars, comment leur expliquer l’Inexplicable. Après la visite, nous sommes remontés dans notre tuk-tuk, Hat nous attendait patiemment. Nous sommes revenus, sans un mot. Rien à redire non plus sur la qualité du musée qui était impeccable. Que du temps à prendre pour digérer ce que nous venions de vivre et pour respirer à fond afin que ces évènements malheureux nous poussent à devenir de meilleures personnes. Une sœur de Mère Theresa m’a dit un jour, la souffrance des autres gens nous fait aussi grandir. Elle avait malheureusement raison…

    J’espère que Pol Pot n’a jamais eu la force d’écrire ses mémoires et de dire : « Attendez que je me rappelle… »

    P1030769 P1030773 P1030792 P1030794